jeudi 15 janvier 2009

La mort n'éblouit pas les yeux des partisans. Gloire à Hamas

"Ca sera dur, c’est sûr. Et personne ne va nous aider."

Jalil Nofal, un des principaux chefs de file du Hamas dans la bande de Gaza, avait lancé cette prédiction en septembre.

Une fois mobilisée,Tsahal dispose de 600 000 hommes et femmes, de 2 500 chars de bataille et de 7 000 autres blindés (équipant douze divisions blindées, trois divisions mécanisées à vocation territoriale et une division aéromobile), de 465 aéronefs de combat (65 F-15A/B/C/D, 25 F-15I, 40 F-16I, 215 F-16A/B/C/D, 25 Super Phantom, 50 AH-64 et 45 AH-1) et de 14 bâtiments de guerre (trois sous-marins de type 800, trois corvettes furtives de classe Saar 5 et huit vedettes lance-missiles de classe Saar 4 et Saar 4.5.

Le Hamas peut compter seulement sur environ 13.000 combattants, parmi lesquels un noyau d'élite d'un millier d'hommes, les brigades Ezzedine al-Qassam, dont le niveau d'entrainement égale celui des combattants du Hezbollah.



Jamais le slogan « gloire aux combattants de la résistance » crié samedi dernier dans les rues de Paris par entre autres le cortège du Mir ne s’est révélé aussi juste
Un certain nombre de remarques ont été faites sur la disproportion du rapport de forces entre d’une part un Etat d’Israël surpuissant et suréquipé face à une région de Gaza déshéritée et connaissant une misère endémique après un cruel blocus de 18 mois. Une situation intenable qui a justement contraint Hamas à entrer en action. Gaza un des endroits les plus pauvres de la terre où 70 % de la population vit avec 1,5 dollar par jour. Tout cela est vrai. Cependant l’aspect strictement militaire de ce déséquilibre n’est pas assez souligné.
En effet rarement un combat n’aura été aussi inégal, nul rapport de forces plus asymétrique, nulle résistance plus héroïque que celle menée aujourd’hui par les forces armées du Hamas, du Jihad islamique, du Fplp et des autres organisations de la résistance. Plus encore il faut remonter à très loin dans les annales des premières invasions coloniales pour y déceler un rapport de forces aussi défavorable à la population indigène. Ainsi même la comparaison avec la guerre d’Algérie n’est pas tenable. Car le FLN algérien a joui d’une aide aussi bien militaire que politique sans commune mesure avec ce dont peut bénéficier la population de Gaza massée dans un réduit de 360 km2 et harcelée nuit et jour par air , mer et terre. Qu’on en juge : de simples roquettes RPG et des pistolets mitrailleurs face à un infernal déferlement de chars lourds et véhicules blindés de toutes sorte, de chasseurs bombardiers F16, d’hélicoptères de combat dernier cri, de navires de guerre, le tout soutenu par une logistique de premier soin, des hôpitaux de campagne et des trains de ravitaillement sans pareil.
On ne dira jamais assez le courage et l’héroïsme des combattants qui défendent cette étroite bande de terre de Palestine. Ils affrontent quasiment les mains nues et le ventre vide, une des premières armées du monde. Une armée dont l’arrogance et l’obscénité ne sont plus à démontrer.
Quiconque n’a jamais, ne serait ce qu’aperçu de loin, un char Merkava 4, un monstre de 65 tonnes, 10 m de long et 2,50 m de haut sur le blindage duquel les roquettes RPG font autant d’effet que des balles de tennis, ne peut comprendre le courage et l’abnégation des moujahidines palestiniens. Les armes performantes, comme les missiles anti char dont Hezbollah disposait en 2006 font à Gaza cruellement défaut
Mais que dire également de cette incroyable alliance politique à laquelle doit faire face Hamas. Une coalition constituée de la principale puissance: les Etats-Unis fournissant à Israël, armes et soutien diplomatique, des démocraties européennes ayant récemment accru leur coopération économique avec l’Etat sioniste et couvrant l’agression du voile pudique du droit à l’auto défense ( comme si le peuple palestinien n’avait pas lui droit à l’autodéfense depuis 60 ans d’occupation, de massacres et de spoliation ) mais aussi des régimes arabes pourris aujourd’hui comme hier tous intéressés à la mise au pas du peuple palestinien et particulièrement de Hamas. En effet, une victoire de Hamas ne serait ce que diplomatique sonnerait pour ses régimes stipendiés comme un arrêt de mort certain.


Soutenir le peuple palestinien exige de soutenir ses représentants librement choisis, agressés et menacés explicitement d’assassinat collectif. C’est un impératif pour tout militant anticolonialiste sincère. C’est la raison pour laquelle il faut soutenir le mouvement Hamas, le gouvernement d’Ismaël Haniyé et toutes les autres forces de la résistance palestinienne.
Force est de reconnaître que malheureusement cette exigence est loin d’être remplie par la plupart des amis du peuple palestinien
Collecter de l’argent pour que le gouvernement légal de Hamas puisse se défendre face à l’ agression des fascistes sionistes devrait être l’activité réelle d’un comité de soutien. Tout comme ce fut le cas entre 36 et 39 lorsque la république espagnole fut agressée par la coalition fasciste que l’on sait.
Il faut soutenir Hamas car c’est précisément Hamas qui aujourd’hui est menacé d’éradication comme l’ont proclamé les généraux israéliens. Ce n’est pas le Fatah de Mahmoud Abbas ni telle ou telle ONG palestinienne dirigée par Mustapha Barghouti par exemple ( Si tel était le cas nous soutiendrions Fatah malheureusement l’attitude de collaboration du président palestinien neutralise son organisation par ailleurs en pleine déliquescence ). Mais c’est la résistance armée de Hamas qui empêche Israël de dormir et qui lui rappelle que jamais, jamais le hold up de 1948 ne sera légitime.

Pourquoi la résistance armée, parce que c’est elle qui est visée. Sans résistance armée il n’y a plus pour Israël de problème palestinien digne de ce nom. Après l’élimination escomptée de la lute armée du Hamas, cette cause ne serait plus qu’un problème de gestion des populations livrée au chaos et à l’anarchie de groupes plus ou moins incontrôlés. De façon à faire de ce peuple un éternel assisté de l’aide internationale sans plus aucune dignité nationale. A l’image de certains pays arabes. Les manifestations pacifiques même courageuses ne gêneront jamais réellement l’occupation de façon significative. En effet si les israéliens étaient sensibles aux Gandhi, cela se saurait depuis longtemps.
Eradiquer le Hamas c’est en finir avec toute velléité de souveraineté palestinienne.
Ne pas préciser la cible principale de l’offensive israélienne c’est d’une certaine façon succomber aux pressions occidentales qui tendent à disqualifier ce mouvement. Pressions qui voudrait le distinguer du reste du peuple palestinien et qui pour cela c’est indéniable s’appuie sur une islamophobie persistante sous ces latitudes septentrionales.

Et pourtant Hamas est sans doute l’un des rares régimes de la région qui peut se targuer d’avoir été élu de façon loyale et aux dires de tous de ne pas être corrompu.
C’est ce parti qui aujourd’hui représente le pouvoir et la force résistante à Gaza. C’est pourquoi ce même parti est principalement visé par cette offensive. Ce sont ses dirigeants qui sont ciblés personnellement et qui sont assassinés même quand ils sont chez eux en famille et que cela provoque un carnage comme cela est arrivé aux martyrs Nezzar Ryan ou Saïd Syam. Tel est le but de guerre principal que s’est fixé Israël. En finir avec Hamas. Hamas comme expression de l’opposition au diktat de la puissance régionale, Israël. Tsipi Livni n’ a t-elle pas dit que le but de l’offensive était « que Hamas comprenne les nouvelles règles régionales », comprendre que le Moyen Orient est une propriété israélienne. Hamas comme expression du choix démocratique du peuple palestinien que Mahmoud Abbas ayant pris comme premier ministre un fonctionnaire du FMI Fayad et qui a comme quasi chef de la sécurité le général Etats-unien Dayton ne peut incarner. Bien sûr il y a d’autres résistants appartenant à d’autres groupes, le Jihad islamique, les Comités populaires, le FPLP ou même certaines branches du Fatah mais tous ses groupes si Mohammed Dahlan avait réussi son coup de force contre Hamas auraient rapidement été mis au pas. D’ailleurs ne dit-on pas que ce même Mohammed Dahlan réfugié au Caire et protégé de Moubarak guette à la tête d’une force mercenaire de 10 000 hommes, le moment de revenir dans le sillage des chars israéliens s’il le faut ?

Il faut soutenir Hamas car l’histoire comme la nature a horreur du vide ou de l’imprécision Tout comme pendant la Révolution il fallait soutenir le Comité de salut public de Robespierre face à la réaction royaliste, tout comme hier nul dans la gauche française n’hésitait à soutenir le Front de libération national vietnamien, tout comme il fallait soutenir le FLN algérien face au MNA de Messali Haj en dépit des états de service prestigieux de Messali Haj. Comme il fallait soutenir la monarchie de Mohammed V en but à l’ostracisme du pouvoir colonial français, comme nos aînés ont soutenu Staline face au Nazisme, Sun Yat tsen en Chine face aux Japonais. Même de Gaulle pendant la seconde guerre mondiale en dépit de sa nature réactionnaire a incarné pour toutes les composantes patriotiques, la Résistance française. Y compris pour le parti communiste, parti des 100 000 fusillés a accepté d’avoir à sa tête un homme de droite. Parce qu’à un moment ce général catholique et plutôt maurassien quelques années auparavant incarne en 1939 l’indépendance nationale de ce pays face aux Nazis et aux Anglo saxons. C’est le cas aujourd’hui. Hamas incarne la résistance nationale palestinienne et lui au moins est arrivé au pouvoir par les urnes et un véritable mouvement populaire.
Ce que défend Hamas aujourd’hui c’est le droit à l’autodétermination d’un peuple, qui plus est un de plus pauvres de la planète où plus de 70% de la population vit avec moins de 1,5 dollars par jour et qui connaît un chômage d’au moins 40 % face à un des peuples les plus développés économiquement, l’un des plus nantis, tête de pont de l’impérialisme.

Aujourd’hui par leur détermination, leur sacrifice, leur héroïsme, les hommes de Hamas incarnent davantage la lutte contre l’impérialisme que ne pourront jamais le faire aucun de leurs détracteurs occidentaux. Tout comme la république espagnole incarnait la liberté en 1936. A l’avant poste de la lutte contre l’impérialisme Hamas est de par son existence et sa persistance l’expression même de la nature profondément réactionnaire des régimes arabes incapables de se soumettre à des élections libres. Par leur résistance ce sont réellement les hommes et les femmes de Hamas qui depuis Gaza assiègent les régimes capitulards arabes et au delà le monde entier. En cela ils nous montrent la voie de la dignité.


Ma première rencontre avec des militants de Hamas remonte à l’été 2001 lors de la seconde mission civile pour la protection du peuple palestinien. A la chambre d’agriculture de Ramallah, la 20 taine d’internationaux dont je faisais partie étaient venus apporter leur soutien à la seconde intifada du peuple palestinien. Nous nous étions retrouvés pour une discussion sans tabou avec les représentants de la totalité des mouvements patriotiques palestiniens. Il étaient tous présents. Il y avait là bien sûr le Fatah de Yasser Arafat, le Fplp de Georges Habache, le Fdlp de Hawatmeh, les formations communistes comme le parti du peuple ou nationalistes arabes comme le FLP mais significatif non seulement les partis de l’Islam politique comme Hamas et le Jihad islamique avaient tenu à participer à la réunion mais plus étonnant, c’est le représentant de Hamas lui-même qui parlait au nom de toutes les formations. Interrogé sur le recours aux attentats kamikazes, il avait eu cette réponse : « C’est quelque chose que nous aurions aimé éviter mais nous n’avons pas le choix. Les Israéliens doivent comprendre que le sang palestinien n’est pas de l’eau qu’un robinet laisserait couler sans retenue ». En prenant congé de nous il eut cette réflexion prémonitoire: "A votre prochaine visite il est possible que la plupart d’entre nous ne soient plus de ce monde".

6 commentaires:

Michel Gandilhon a dit…

Le Hamas représenterait donc la liberté comme la République espagnole en 1936. Non camarade Boussoumah : La République représentait la contre-révolution face au soulèvement prolétarien de juillet 1936 (voir Orwell "Hommage à la Catalogne")et le statut quo colonial par son refus d'accorder l'indépendance au Maroc. Non camarade Boussoumah : le Hamas ne représente pas la liberté ou alors ta conception de la liberté est bien étrange. Demande aux militants du Fatah de Gaza, jambisés, amputés, torturés (il est vrai que pour ton collègue Khiari, les militants du MNA faisaient partie des faux frais de la lutte contre le colonialisme français); demande aux victimes de la "morale" "islamique" et du futur Code pénal qui vient d'être adopté, ce qu'ils pensent de la conception de la liberté à la sauce hamassiste. Ils te répondront qu'elle ne vaut guère mieux que celle des staliniens à Barcelone et en Aragon dans les années 30 du XXe siècle. Peut-être même que Berneri, les militants de la FAI ou du POUM te répondront du fond de leurs tombes. Je ne sais pas si la mort éblouit ou pas les yeux des partisans mais en tout cas je constate que le Hamas éblouit les tiens, et je trouve cela navrant.
Une chose est de souhaiter la défaite d'Israël, de hurler contre le carnage électoral (Livni avait besoin de ce bain de sang pour marginaliser Nétanyahou) mais glorifier le Hamas en est une autre. La détestation légitime du sionisme en aveugle plus d'un.

Abdelaziz a dit…

Hamas constitue en effet la seule force de libération nationale viable en Palestine à ne pas avoir vendu son âme à l'amérique, et la seule capable de défier les chars Merkeva derrière lesquels se sont planqués les funestes soldats de l'israel. A cet égard, il est particulièrement vrai que les missiles anti-chars ont fait terriblement défaut à la résistance palestinienne.Il leur faudra certainement y remédier pour se protéger efficacement contre les incursions meurtrières
des escadrons de la mort israéliennes.
A Michel: Vous pensez que Hamas est disqualifié pour apporter
toute forme de liberté aux gazaouis, mais la première forme de liberté n'est-elle pas celle à laquelle donne droit la libération territoriale(levée du blocus)?
Hamas n'emprunta-t-il pas la voie démocratique plutôt que le coup d'Etat pour accéder au pouvoir? N'y avait-il pas là un signe d'ouverture? Malheureusement une guerre fratricide les opposa aux hommes du Fatah qui refusèrent
le verdict des urnes, certains d'entre eux allant jusqu'à offrir leur coopération avec l'ennemi de toujours.(On sait aussi, dans une toute autre mesure, le sort réservé aux forces supplétives
françaises à la fin de la guerre de libération d'Algérie.)
Que voudriez vous voir à la place de Hamas? Un régime fantôche à la seule botte des intérêts américano-sionistes? Ou alors y préféreriez vous le règne du chaos, ferment idéal pour l'émergence d'Al Qaida?
Si la détestation du sionisme peut aveugler-ce qui ne s'applique
pas à ce texte d'une lucidité certes éblouissante pour tous ceux qui se refusent à sortir de leur caverne, à l'inverse ne vous laissez pas débordez par toute vélléité de sentiments contradictoires en niant à Hamas son droit on ne peut plus légitime à l'exercice du pouvoir démocratique.

Michel Gandilhon a dit…

Cher Abdelaziz, je m'insurgeais dans ma réponse à YB de l'assimilation faite entre Hamas et liberté. Oui le Hamas est arrivé démocratiquement au pouvoir ; oui il incarne (hélas) aujourd'hui la résistance palestinienne ; oui le Fatah utilise des méthodes indignes en Cisjordanie contre les "Frères". Oui tout cela est tragique pour le peuple palestinien, pour les prolétaires palestiniens. Tragique dans la mesure où le Hamas, comme le FIS en Algérie, est une force qui exprime la colère légitime des Palestiniens mais qui constitue dans le même temps une force d'oppression contre l'immense majorité d'entre eux : la base sociale de cette organisation est constituée des grandes familles bourgeoises commerçantes gazaouites (voir le rôle réactionnaire de la branche égyptienne dans les grèves des ouvriers du textile l'année dernière ou lors des luttes paysannes contre la destruction des derniers vestiges de la réforme agraire de Nasser). Par ailleurs l'islam promu par le Hamas est un islam profondément réactionnaire et oppressif pour les populations qui subissent son joug. Dire cela n'est pas faire le jeu des sionistes. Les sionistes ont besoin du Hamas. Alors arrêtons la gloriole et les slogans vengeurs totalement vides de sens. Il n'y a pas eu de victoire du peuple palestinien à Gaza. Il y a eu un énième massacre tragique, qui laisse des centaines de familles brisées et un "pays" détruit. Le Hamas s'en sort bien ? Mais je pense qu'Israêl n'a jamais eu l'illusion de détruire le Hamas par cette opération. Non. Livni et sa bande voulaient "détruire" avant tout Nethanyaou dans le cadre de la compétition électorale qui s'annonce et redorer le blason de l'armée. Dans un tel contexte, rien ne valait une bonne petite ratonnade pour marginaliser "Bibi" et remonter dans les sondages (un peu comme Chirac lors de l'assaut donné en Kanaky à la grotte d'Ouvéa).
Du côté du Hamas, il y avait aussi des enjeux internes et politiques propres à la vie politique gazaouite. Vous avez dit, Abdelaziz, à juste titre, que derrière le Hamas pouvait émerger des groupes encore plus réactionnaires du type Al Qaida. C'est déjà le cas. Depuis quelques temps, sans parler du Djihad Islamique, se développent dans la bande de Gaza, des groupes palestiniens radicaux inspirés du Fatah al Islam (que l'on a vu à l'oeuvre au Liban et dans les attentats contre les "Chiites" du Hezbollah), financés par certaines fractions séoudiennes et koweïtiennes, qui commencent à concurrencer sérieusement le Hamas. La rupture de la trêve et la guerre lui ont servi à redorer momentanément son blason. Le peuple palestinien dans tout cela ? Quantité négligeable. Chair à canon. Victime absolu de la barbarie israélienne et des calculs des politiciens du Hamas. Le bilan est en tout cas effarant : quatre soldats israéliens tués au combat (les erreurs de tir de Tsahal ont fait plus de mort dans leur rang que les tirs du Hamas) pour 1500 morts palestiniens. Dans ces conditions crier à la "victoire" est obscène.

Abdelaziz a dit…

Vous m’excuserez peut être Michel mais malheureusement oui, en partageant les torts entre la puissance occupante et la résistance, en renvoyant dos à dos les escadrons de la mort israéliennes et le Hamas, en dénonçant un prétendu macabre calcul politicien de la part de ce dernier vous ne servez pas la cause palestinienne. Vous tendez au contraire, à votre corps défendant, à accréditer les thèses de la propagande sioniste. Car Hamas n’avait certainement pas prévu le déferlement d’une telle sauvagerie sur des civils, tandis que de l’autre côté les politiciens et l’Etat-major sionistes l’avait parfaitement planifiée.
Ainsi la date de la fin de la trêve précédente avait été machiavéliquement programmée par l’israel pour tomber à point, c'est-à-dire dans le dernier mois de la vacance du pouvoir aux Etats-Unis, sachant pertinemment que leur manquement au respect des clauses de cette trêve entrainerait inéluctablement la non-reconduite de celle-ci suivie de tirs de roquettes protestataires, qui serviront de prétexte au déclenchement de leur agression. Ainsi les forces d’occupation israéliennes ont obtenu avec la bénédiction de l’administration américaine, 2 semaines et demie de « quartier libre » pour exterminer des civils palestiniens aux premiers rangs desquels des enfants, révélant aux yeux du monde entier leur véritable nature assassine. Ainsi l’israel pouvait à loisir fournir à sa population, plus que jamais assoiffée de sang, le spectacle macabre de nouvelles morts palestiniennes. Cet énième massacre perpétré par les « FID », prévisible, prévue et vue, s’est déroulé en direct avec la complicité du « monde libre » . L’Humanité portera encore pendant longtemps les stigmates de ce terrible viol infligée à sa conscience.
Oui Michel, en décrivant Hamas comme un mouvement liberticide vous ne fournissez que des arguments à ceux qui prétendent que lutter contre le Hamas c’est être aux avant-postes pour défendre les valeurs d’un soi-disant « monde libre ». Non Michel, le Hamas n’est ni les Talibans, ni le FIS. Car oui Hamas est depuis longtemps prêt pour la paix, oui il est pour le recouvrement de la souveraineté du peuple palestinien sur les frontières de 1967, aux côté de l’israel. Cependant Hamas ne représentait certainement pas le partenaire de paix idéal, précisément parce que l’israel ne négocie sa paix qu’avec des partenaires qu’il s’est lui-même choisi, incapables de négocier et qui n’avaliserait pas d’autre plan qu’un humiliant diktat, repoussant à jamais un engagement sincère en faveur de la paix et perpétuant ainsi la politique du fait accompli. Yasser Arafat n’était devenu un partenaire de paix acceptable qu’à la fin de sa vie, une fois affaibli, et à Camp David les fourbes négociateurs israéliens avaient sous estimé le vieux lion en tentant de lui refourguer un plan de paix inéquitable. Cette fois-ci Hamas s’est imposé comme un partenaire de paix à la fois fort et incontournable. Oui Hamas crie victoire, vous pensiez peut être qu’il allait brandir le drapeau blanc ?
Cher Michel, je le sais, vous ne reconnaitrez jamais sa légitimité au Hamas car Hamas en tant que mouvement socio-religieux représente un concurrent idéologique aux yeux des bolchéviques, à l’instar du sionisme, même si rappelons-le ce dernier fut à ses débuts encouragé par l’URSS. Au passage, comment pouvez vous parler de grande bourgeoisie à Gaza même, l’un des endroits les plus pauvres et les plus bombardés au monde? Et quand bien même, contre toute évidence, cela serait vrai, je n’y voie aucune objection.
« La religion est l’opium du peuple » disait Karl Marx, à la seule lecture de cette célèbre citation on comprend mieux votre détestation du Hamas reflétant par là le mépris de certains communistes à l’égard de toute forme de transcendance, considéré au mieux comme un levier pour parvenir à la « dictature du prolétariat ».
Michel, pourquoi ne pas vous rendre véritablement utile à la cause palestinienne en appelant par exemple au boycott des produits israéliens par le prolétariat français ou à suivre l'exemple de la CGT d'Alstom? Vos idées n’en trouveraient que plus d’écho et de succès auprès des quartiers populaires. Ou alors serait-il contraire à votre idéologie marxiste que d’aller expressément à l’encontre de vos camarades du prolétariat sioniste qui utilisent des terres usurpées pour exercer leur force de travail ?
Sachez Michel que je respecte tout engagement sincère et franc en faveur d’un monde plus juste et plus équitable, ce qui me semble être votre cas.

Zulficar a dit…

Michel Gandilhon je crois pouvoir dire que ce qui vous éblouit vous c'est surtout la faculté de pouvoir encore une fois donner des leçons depuis vos certitudes anarchisantes. Visiblement vous ne me semblez pas bien connaître l'histoire de la région et comprendre où se situe la contradiction principale. Mais je vous réponds très prochainement, c'est promis.

Michel Gandilhon a dit…

Cher Zulficar,
je vous rassure, je ne suis pas devenu prétentieux au point d'être aveuglé par mes propres facultés. Je peux faire même preuve d'autocritique c'est pourquoi j'attends avec impatience votre réponse.
Je voudrais dire à Abdelaziz que je ne mets pas sur le même plan le nationalisme de l'opprimé et le nationalisme de l'oppresseur. Je ne l'ai jamais fait. En revanche j'estime qu'il est un devoir pour ceux qui veulent changer radicalement la société dans le sens d'une Oumma sans classe, débarrassée du salariat et des oppressions diverses et variées,de critiquer toute les expressions politiques qui s'y opposent, dont le Hamas. C'est aussi simple que cela. S'agissant de la religion, rassurez-vous Abdelaziz, je ne fais pas partie des primates qui se bidonnent en écoutant Radio libertaire à l'heure de la messe le dimanche. Je sais ce que je dois en effet aux prolétaires polonais, qui m'ont gagné quand j'étais jeune, au début des années 80, à la perspective du socialisme autogestionnaire. Ils étaient en tout cas beaucoup plus religieux que les militants du FDPLP que j'avais connus à peu près à la même époque et qui, eux, ont fait de moi un sympathisant indéfectible de la cause palestinienne. Vive la Pologne ! Vive la Palestine !
Je suis d'ailleurs plus radical que Khaled Mechaal puisque je suis partisan de la destruction de l'Etat sioniste et la construction d'un Etat binational où juifs, musulmans, chrétiens, athées, agnostiques, bouddhistes (ça c'est pour les immigrés thaï) auront toute leur place. Comme ce n'est pas la perspective du Hamas (sa charte ne se situe pas dans cette optique et relève, cela a été un choc pour moi quand je l'ai lue, d'un traditionnalisme proche de la pensée de René Guénon et Julius Evola), je me permets de critiquer cette organisation. C'est tout. Et je pense aussi qu'il serait bien que les Indigènes en fissent (ce n'est pas un jeu de mot) autant. Non pour donner je ne sais quels gages mais pour préparer l'avenir en opposant notamment à l'islam ultra réactionnaire (si j'en juge par les projets de Code pénal censés régir la délinquance gazaouite), l'islam de libération (anticapitaliste) que certains d'entre eux (Girard, Chaambi) souhaitent voir advenir. Amen.
Amicalement à tous.